Professions de santé
À Épreville, près de Fécamp, Marie a transformé une idée un peu folle en véritable projet de vie. Quitter Paris, apprendre un métier de zéro, et créer une boulangerie paysanne en Seine-Maritime avec son frère Clément. Derrière l’Atelier d’Eugène, il y a une énergie communicative, du travail, et le choix assumé d’un pain artisanal fabriqué sur place.
Marie le dit avec le sourire, mais la décision est loin d’être anodine. À Paris, elle évolue dans un grand groupe. Le rythme est intense, les journées bien remplies… mais le cœur n’y est plus vraiment. « Tu te lèves tous les jours, mais tu ne te lèves pas pour toi. »
Alors elle ose. Elle quitte tout pour construire un projet qui a du sens, un projet qu’elle va porter de A à Z. Une reconversion professionnelle en Seine-Maritime, portée par l’envie de faire un métier concret et utile.
« Je voulais ouvrir une boulangerie à la ferme… mais je ne savais pas faire de pain ! »
Elle en rit encore aujourd’hui, comme si tout avait commencé par une évidence un peu folle. Et c’est justement ce mélange d’humour et d’audace qui donne le ton. L’envie est très claire : transformer directement les céréales familiales en pain, ici, en Seine-Maritime, sans intermédiaire.
Un projet ambitieux, presque inattendu, mais profondément ancré dans le réel, dans la terre et dans le concret du quotidien.
"Je ne me voyais pas faire ça autrement qu’ici. Épreville ou rien d’autre."
Pas de raccourci. Marie repart de zéro et décide de tout apprendre, vraiment. Elle se forme pendant plus d’un an et demi, notamment à Rouen, et découvre un métier exigeant, où rien n’est laissé au hasard.
Chaque geste compte : pétrir, observer, tester, rater parfois, puis recommencer encore. Jusqu’à apprivoiser la pâte, comprendre ses réactions et trouver le bon mouvement.
« Faire du pain sans savoir le faire, ce n’était pas simple », confie-t-elle en souriant. Mais à force de travail et de persévérance, le geste devient plus sûr. Aujourd’hui, son savoir-faire artisanal se lit dans chaque fournée, dans chaque pain façonné avec précision et attention.
"Je voulais ouvrir une boulangerie à la ferme en Seine-Maritime… mais je ne savais pas faire de pain ! "
Très vite, son frère Clément rejoint l’aventure. Ensemble, ils forment un duo complice et complémentaire.
« On a connu le métro, boulot, dodo. Ici, on fait, mais différemment.»
À deux, ils avancent, décident, ajustent. Sur les marchés comme à l’atelier, leur énergie est communicative. Et ça se sent dans leur manière de parler de leur métier, toujours avec enthousiasme.
À l’Atelier d’Eugène, tout se passe sur place. Le blé est cultivé, moulu, puis transformé en pain artisanal. Une démarche exigeante, mais qui donne du sens à chaque étape.
« C’est la magie de partir d’un grain de blé et d’arriver à un pain qu’on vend nous-mêmes. »
Ici, la farine fraîche est vivante, les goûts évoluent, rien n’est figé. Et c’est justement ce que viennent chercher les clients : un produit vrai, sincère, qui raconte une histoire.
"C’est la magie de partir d’un grain de blé et d’arriver à un pain qu’on vend nous-mêmes. "
Les débuts demandent du courage. Il faut se lancer, dépasser les doutes, faire face à l’inconnu, accepter aussi de ne pas tout maîtriser. Puis viennent les premiers marchés, les premiers retours, les premiers sourires, et la réalité du terrain qui prend doucement le dessus.
« Quand on te dit “grâce à vous, je remange du pain”, ça change tout. »
Aujourd’hui, Marie garde cette même énergie, ce sourire et cette spontanéité qui donnent envie de la suivre. Une chose est sûre : ici, on ne fait pas que du pain. On partage une aventure.